Triptyque intérieur - Luba, Pris, Irmgard
SOLILOQUE
Je me suis posé des questions. Pas pour expliquer.
Pour comprendre ce qui s'est joué.
LUBA
— Quand tu penses à Luba, est-ce elle qui a ouvert le triptyque ?
Absolument, parce qu'elle est visible comme un personnage public. Elle se porte au dehors.
— Est-elle la plus stable des trois ?
Elle est celle qui dévoile les deux autres.
— Est-elle vraiment « calme », ou simplement maîtrisée ?
Tout en maîtrise d'elle-, même comme une musicienne.
— Sa présence est-elle protectrice ?
Révélatrice. Elle crée un monde protecteur par son allure au dehors.
— Est-ce elle qui tient le dehors pendant que Pris garde le dedans ?
Elle tient le dehors tandis que Pris habite le dedans.
— Est-elle la plus lisible, la plus immédiate ?
Certainement.
— Si Pris est sage et magistrale, si Irmgard est radicalement féminine, Luba serait quoi en deux mots ?
Gracieuse et douce.
— Est-elle celle qui accueille les deux autres sans s'effacer ?
Oui, je pense qu'aucune des trois ne s'efface.
— Est-elle la plus libre ?
En quelque sorte oui. Elle se risque à l’art et à la confrontation extérieure. Elle est audacieuse.
PRIS
— Quand tu penses à Pris, est-elle plus vive ou plus intérieure que Luba ?
Pris est une pièce d'abord timide, mais elle devient spectaculaire avec ses formes de cravates boutonnées de part et d'autre du devant et du dos.
Elle est la réplique intérieure de Luba avec ce jeu de géométrie entre biais et droit fil, rectangle et losange.
— Est-elle plus angulaire, plus incisive ?
Elle est plus angulaire, plus incisive, de fait.
— Est-ce une pièce de mouvement ou de retenue ?
C'est une pièce magistrale et en devenir.
— Si Luba est « présence calme », Pris serait quoi en deux mots ?
À la fois sage et magistrale.
— « Sage », commentaire ?
Par sa palette neutre, son classicisme apparent — bretelles-cravates, tartan.
Mais ce n’est pas banal. Il y a une tension intérieure.
— Magistrale ?
Par l'allure et ses jeux de géométrie. Par la construction.
Définitivement originale pour un gilet.
— Luba est pour le dehors. Pris ?
Pour le dedans.
Pas l'intérieur domestique. L'intérieur psychique.
Une pièce qu'on révèle.
— Peut-on porter Pris sous Luba ?
Oui, si on est fan ! 🤍
Mais je travaille chaque pièce indépendamment, même si elles se parlent.
Elles sont des personnages.
IRMGARD
— Irmgard serait plus dramatique ?
Elle a une tension plus dramatique. Elle est plus femme.
Rigidifiée par un entoilage, car taillée dans le biais qu'il fallait renforcer.
Donc très structurante.
— Plus austère ?
En apparence, oui.
— Plus radical ?
Oui.
— Plus décoratif ?
Pas de décoration chez Irmgard. Profondeur des personnages. Ce sont eux qui guident mon inspiration dans une création.
— Une intuition brute ?
Radicalement féminin.
— Même coupé que Pris ?
Exactement la même coupe, même taille.
Mais Irmgard est plus structurée, moins souple, plus tenue, plus corsetée.
— Que dit son encolure ?
Un V affirmé, travaillé en appliqué taillé dans le biais, avec une finition en pointe. Précis jusqu'à ce point ... précisément.
— Sa fermeture ?
Trois boutons vintage très anciens en bois, à queue, et trois brides brodées à la main en laine Harris Tweed.
— Quand tu la regardes, qu'inspire-t-elle ?
Une grande dignité.
De l'autorité.
Séduction, absolument.
Retenue dans son éducation.
Défense par l'intelligence.
— Radicalement féminin, commentaire ?
Par la manière dont elle épouse le corps.
Par la posture qu'elle exige.
CE QUI APPARAÎT
Luba tient le dehors.
Pris habite le dedans.
Irmgard assume la décision.
Elles ne sont pas des compléments.
Elles ne sont pas hiérarchisées.
Elles ne s'effacent pas.
Ce sont des présences.
Je ne les force pas.
Je les écoute.